L'histoire du Sycomore.

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25 ans d'histoire du Sycomore. Article paru dans la revue d'histoire religieuse du Brabant wallon, 15, 2001, 4, p. 239-255.

Le CHIREL BW est une association culturelle qui a pour objectifs le repérage, le classement et l’inventaire et enfin la mise en valeur des traces du passé religieux de la province du Brabant wallon. Fondée en 1983, l’association dispose de relais locaux, organise des balades thématiques, des colloques, des expositions et publie une revue trimestrielle et des Cahiers. Elle est hébergée dans les locaux du Centre pastoral de Wavre et est soutenue par le ministère de la Région wallonne (Direction Emploi et Division Patrimoine), le ministère de la Communauté Française, la Province du Brabant wallon, les Facultés universitaires Saint-Louis de Bruxelles. Contacts : M.-A. Collet au 010/23 52 79 Courriel : chirel@fusl.ac.be  

 

 

25 ANS D’IMAGES AU SERVICE DE L’ÉVANGILE

Le Sycomore, un arbre qui donne du fruit…

 

Marie-Astrid COLLET LOMBARD

 

Un contexte favorable

Tout comme le Christ usait de paraboles à partir de tout ce que lui suggérait la réalité quotidienne, transparente pour lui à la présence multiple de son Père, tout comme les fondateurs et pionniers du christianisme utilisaient paraboles, allégories, symboles et images pour exprimer la vérité révélée et la foi qui les animait, les apôtres d’aujourd’hui voudraient reprendre cette approche, appuyés sur une connaissance plus scientifique des mécanismes psychologiques et munis de l’équipement des techniques nouvelles[1]».

L'interrogation sur les méthodes d’évangélisation est récurrente.  « À chaque époque de l’histoire humaine, l’Église, constamment travaillée par le désir d’évangéliser, n’a qu’une préoccupation : qui envoyer annoncer le mystère de Jésus ? Dans quel langage annoncer ce mystère ?  Comment faire pour qu’il retentisse et arrive à tous ceux qui doivent l’écouter ? (Evangelii nuntiandi, 22)[2]».

Dans la seconde moitié du 20e siècle, aux lendemains du concile Vatican II, cette préoccupation devient urgente : les progrès scientifiques et les inventions techniques sont plus nombreux en un demi-siècle que pendant les dix siècles antérieurs.  La vie quotidienne en ressort transformée et les mutations de la société se bousculent.  Nous sommes passés d’une civilisation d’élites à une civilisation de masse, notamment grâce aux moyens de communication.  Ainsi notre planète est devenue un grand village et la priorité est donnée à l’image plus qu’à la parole.

« Attentive aux signes du temps, l’Église reconnaît la réalité et l’amplitude de ces transformations et sent le besoin de repenser ses méthodes d’évangélisation pour les adapter aux exigences de la société et de l’homme modernes.  Se faisant écho des discussions du Synode de 1974, Paul VI déclare catégoriquement que, aujourd’hui, pour la première annonce, pour la catéchèse et l’approfondissement de la foi, nous ne pouvons nous passer des moyens de communication  (Evangelii nuntiandi, 45) »[3].

 

En Brabant wallon

 

Ballotté au cours de son histoire, province autonome depuis 1995, le Brabant wallon est, au plan ecclésiatique, rattaché à l'archidiocèse de Malines, depuis le Concordat de 1802.  Dès 1962, le nouvel archevêque, Mgr Suenens, divise l'archevêché de Malines-Bruxelles en quatre vicariats : Brabant flamand, Bruxelles néerlandophone, Bruxelles francophone et Brabant wallon.

Les paroisses, communautés, mouvements et associations catholiques de l'arrondissement de Nivelles avaient déjà pu prendre conscience de leur spécificité grâce au dynamisme de l'abbé Henri Lemercier qui, dès 1941, multiplia, comme aumônier régional des Oeuvres Sociales de cet arrondissement, les réunions de doyens, favorisant par là une pastorale plus proche des réalités des Brabançons wallons[4].

D'abord situés à l'avenue Reine Astrid à Waterloo sous Mgr Charles Lagasse de Locht, premier vicaire général du Brabant wallon dès 1962, les bureaux du Vicariat purent s'installer à Wavre, au 21 de la rue de l'Ermitage, suite à la nomination de l'abbé Henri De Raedt, en mars 1970, comme successeur de Mgr Lagasse.

Moins de vingt ans plus tard, le développement des services et des activités entraîna les autorités ecclésiastiques à conclure un accord avec les sœurs franciscaines qui, depuis le 19e siècle, occupaient des bâtiments à la chaussée de Bruxelles[5].  La diminution du nombre des religieuses et l'entretien d'une telle propriété causaient par ailleurs de gros soucis à la supérieure.  Trois services étaient déjà installés depuis quelque temps dans la maison de l'aumônier mais, dès l'été 1989, c'est le deuxième étage du couvent construit au début des années trente qui vit débarquer le CHIREL BW puis, peu à peu, d'autres services hébergés ailleurs.  De nouveaux services rejoindront par la suite les autres étages, suite au départ des deux dernières sœurs franciscaines, en mars 1995.

Précisons que, dès 1890, ce furent d'abord des récollectines — religieuses assurant le service de l'hôpital de Wavre depuis 1843 — qui installèrent leur noviciat dans la partie la plus ancienne du couvent.  Suite à un accord signé en 1898, c'est la maison-mère des franciscaines, en provenance de Nivelles, qui succéda au noviciat, en raison de la baisse des vocations[6].

Cette partie, la plus ancienne du couvent, une petite maison à front de la chaussée de Bruxelles, abrite, depuis l'automne 1992, les bureaux et le personnel du service audiovisuel, dénommé le Sycomore, dont je vais tenter de retracer ici l'origine et les développements. 

 

Les pionniers 

 

Jeunes diplômés et jeunes mariés, Gregorio Ferreras, licencié en philosophie (UCL) et docteur en théologie (KUL), et Jeanne-Marie Oleffe, licenciée en sciences religieuses avec des compléments en communication sociale (UCL), expérimentent en France, au début des années septante, un centre audiovisuel, à l’Hôtellerie, petit village près de Lisieux[7].

Après 68 ans d’absence de curé résidant, cette petite paroisse de 215 habitants, située en Calvados à 13 km de Lisieux, va connaître une certaine résurrection.  Matérielle d’abord : l’église n’avait plus servi qu’occasionnellement pour quelques rares baptêmes ou mariages et le toit se délabrait …  Spirituelle ensuite : la paroisse se voit confiée au Centre International de Documentation Audiovisuelle de Lisieux (C.I.D.A.L.) et au père R. Pichard[8].  La restauration de l’édifice va faire sortir peu à peu ce village de sa léthargie : chacun retrousse ses manches et des projets se mettent à germer.  Cette maison de Dieu restaurée par tous doit rester la maison de tous : célébrations dominicales avec image d’accueil et dia-projection, homélie partagée entre prêtre et laïcs, catéchisme, haltes spirituelles pour les habitants de la région et les vacanciers, projection d‘un film et échanges, soirée de méditation sur fond musical… Une maison de la culture religieuse se mettait ainsi en place.  C’est à ce moment-clé qu’arrivent nos deux jeunes Belges : leur rôle va consister à s’occuper de l’animation des messes par des dias-projections et des interviews enregistrées sur cassettes qui tenaient lieu d’homélie.  Leur terreau de formation est là : collaboration nécessaire et fin d’un monopole.  La liturgie est devenue expression de la communauté tout entière[9].

De retour en Belgique en 1975, après cette expérience de deux ans, Jeanne-Marie et Gregorio Ferreras-Oleffe sont convaincus d’avoir expérimenté des liturgies et catéchèses porteuses de sens et d’avenir.  L'ouverture de la réforme liturgique opérée par Vatican II permet l'application de telles méthodes, le langage liturgique apparaît renouvelé, les laïcs peuvent enfin participer aux célébrations désormais en langue vernaculaire.  Miser sur les jeunes qui sont nés dans cette culture audiovisuelle paraît prometteur.

C’est dans cet esprit qu’ils proposent leurs services à des responsables d’Église.  Le premier à accueillir positivement leur projet fut l’abbé Henri De Raedt, second vicaire général du Brabant wallon.  L'Église du Brabant wallon poursuivait alors sa gestation et le trimestriel Printemps révèle la réflexion menée et le travail accompli dans ce sens : «La Parole de Dieu n’intervient plus qu’au milieu de tant d’autres paroles; aussi il faut que la vie de celui qui parle soit probante pour qu’on le croie.  La parole, sauf cas extrêmes et rares, n’a plus cet impact qu’elle avait dans le monde ancien où le catéchisme devait expliciter ce que les enfants vivaient par ailleurs dans un milieu chrétien[10]».

Le passage d'une catéchèse de type kérigmatique à une catéchèse de type anthropologique est également souligné.  Le projet présenté par les pionniers du service audiovisuel répond bien à ce que certains annoncent comme une sorte de révolution copernicienne qui amène à changer de perspective : «Le renouveau catéchétique insiste sur la pédagogie du signe, un langage symbolique s'élabore qui permet à la foi de s'exprimer. ... Il faudra donc partir de l'expérience humaine et des situations quotidiennes en les prenant au sérieux, nous laisser interpeller par elles et y chercher, dans la lumière de l'Écriture et de la Tradition, l'interpellation de Dieu[11]»

En septembre 1976, la création du service de la catéchèse est annoncée suite à une rencontre importante suscitée par le Vicaire général, en hiver 1975.  Sœur Marie-Philippe, bénédictine de Rixensart, accepte d'assumer la direction de l'équipe durant la première année.

Le 1er septembre 1976, Jeanne-Marie Oleffe entame sa "mission" au sein du nouveau service audiovisuel : engagée à un cinquième temps, elle en partagera la responsabilité avec son époux, Gregorio Ferreras.  L'abbé De Raedt leur demande de constituer une équipe qui portera le projet avec eux.  

En conclusion du dossier La catéchèse aujourd’hui, H. Weber, adjoint du vicaire général et représentant le Vicariat au sein du service audiovisuel, écrit : «N’y a-t-il pas près de 800 catéchistes volontaires en Brabant wallon ? Sans compter les professeurs de religion dans le gardien, le primaire, le secondaire, sans compter les prêtres de paroisse, sans compter tous les parents qui sont soucieux de témoigner de la foi à leurs enfants ! Oui, on peut le dire, sous nos yeux quelque chose est en train de changer.  Des esprits grincheux peuvent dire en levant les bras au ciel : « ce n’est plus comme avant ».  Bien sûr, ce n’est plus comme avant.  Mais est-ce nécessairement un mal ? N’est-ce pas plutôt un bien de confier la transmission de la foi au plus grand nombre de chrétiens en les aidant  à devenir compétents ? N’est-ce pas un bien de mettre d’abord l’accent sur la vie, la vie personnelle, la vie du monde, la vie d’une Église, la vie en cellules d’Église pour y découvrir ensemble l’aujourd’hui de l’Esprit Saint ? Poser de telles questions n’est-ce pas y répondre ?[12]»

 

Une équipe de laïcs, religieux  et prêtres

 

Il ne faut pas attendre longtemps avant que la requête du Vicaire général soit satisfaite : les abbés Pierre Michaux (doyen de Rixensart, aumônier de l’ACI, décédé en 1996, bien connu aussi pour ses céramiques, dont le chemin de croix dans l’église Saint-Jean Baptiste de Wavre), Henri Weber (alors adjoint du vicaire général, aujourd'hui curé à Haut-Ittre), Robert Winand (professeur au collège Sainte-Gertrude, grand photographe et producteur de montages audiovisuels, décédé en 1999); le frère Marc Delville (frère des écoles chrétiennes, instituteur et professeur de religion à Nivelles); Marcel Marie et Françoise Vincent (Nodebais, maîtres spéciaux de religion, animateurs et responsables chez les jeunes handicapés), Christine Abeloos-Poncin (professeur de religion, décédée en 1996) rejoignent très vite, comme bénévoles, le service audiovisuel. 

Fonctionnant à la demande, l’équipe se met au service des paroisses et des professeurs, avec une disponibilité qui implique de nombreuses réunions en soirée et beaucoup de kilomètres à sillonner les routes du Roman Païs de Brabant.

Un prêtre désire renouveler la veillée de Noèl et stimuler la participation de ses paroissiens, une équipe de préparation à la confirmation cherche des méthodes actives et actuelles adaptées à ses  adolescents, le service se met à leur disposition.  Un groupe de jeunes prépare une veillée pour la retraite de profession de foi, des groupes d’adultes, prêtres et laïcs, désirent s’informer sur les possibilités d’utiliser l’audiovisuel dans le travail paroissial quotidien ou exceptionnel…, l'équipe délègue rapidement les plus compétents d'entre eux pour répondre aux demandes formulées.  Aller dans les paroisses, préparer les réunions ensemble, trouver un matériel simple et peu onéreux sur place ou leur en fournir, réaliser en commun des présentations audiovisuelles... « tout cela

ne coûte qu'un peu de travail, de l’imagination et finalement peu d’argent
[13]

Dès le mois de septembre 1977, un montage intitulé « En signe d’appartenance » est mis à la disposition des équipes de la pastorale du baptême, dans le but d'aider à la réflexion et à la discussion lors des réunions de parents préparatoires à ce sacrement.  D'autres projets sont en gestation suite aux questions posées ou aux suggestions émises par les personnes rencontrées.  Riches de leur propre matériel, les membres de ce service débutant n'hésitent pas à signaler les organismes existants quand il s'agit de louer des disques, bandes vidéo, diapositives...

Tels sont les débuts très prometteurs de ce nouveau service qui annonce même l'organisation en Brabant wallon, avant la fin de l'année, d'une rencontre sur l’audiovisuel en catéchèse et en liturgie.  La première  « Journée de l’audiovisuel : l’audiovisuel au service de la foi », est programmée pour le 31 janvier 1978 au centre Notre-Dame d’Argenteuil à Ohain.  Les heures prévues permettent même à ceux qui travaillent de rejoindre Ohain en fin de journée pour regarder notamment un montage, réalisé en lien avec l’A.C. I. du Brabant wallon, et intitulé  « Les images ont la parole ».  Il sera suivi d’un débat animé par Gregorio et Jeanne-Marie Ferreras-Oleffe et les abbés H. Weber et Michaux. Suivront des ateliers : photolangage, dias-chansons, bricolage de ses propres dias, le baptème (premier montage audiovisuel), lecture d'images, catéclub dessin, préparation d'une messe audiovisuelle.  Outre une célébration eucharistique — messe audiovisuelle selon la méthode du C.I.D.A.L. de Lisieux —, il est précisé qu’un lieu de prière et de recueillement est prévu et qu’un support visuel sera proposé.  Des moments ouverts aux demandes et aux questions des participants sont aussi programmés[14].  De nouvelles journées de ce type seront programmées chaque année. 

En janvier 1979, la nouveauté réside dans l'organisation d'une « formation qui s’étalera sur deux ans à raison de 2 soirées par mois et une application pratique dans le domaine où chacun des participants est déjà engagé.  Chaque trimestre est consacré à l’étude approfondie d’un outil audiovisuel et de ses utilisations possibles : photo de revue, cassette, montage… »  Le service s'efforce toujours de répondre aux appels concrets et parallèlement de mettre en chantier la formation des chrétiens à la civilisation de l'image[15].

 

Inscrire dans la durée : la fondation d'une a.s.b.l.

 

Afin de placer leur projet dans la durée et de pouvoir profiter des opportunités qu’offrait le gouvernement au niveau de l’emploi[16], la décision fut prise de demander la personnalité juridique sous forme d’association sans but lucratif, selon la loi du 27 juin 1921.  Établis le 16 février 1981 et publiés aux Annexes du Moniteur Belge le 7 mai 1981, les statuts mentionnent que l’association dénommée « Le Sycomore », en espagnol « El Sicomoro », aura son siège à Ottignies-Louvain-la-Neuve et qu’elle a pour objet l’enseignement et l’éducation par les moyens audiovisuels.  Les membres fondateurs sont Gregorio Ferreras, professeur, Pierre Michaux, prêtre, Jeanne-Marie Oleffe, professeur, et Henri Weber, prêtre.  Le premier conseil d’administration est présidé par l’abbé Michaux, Gregorio Ferreras assume le secrétariat, Jeanne-Marie la trésorerie et le père Leclef, du monastère bénédictin de Clerlande, devient lui aussi administrateur de l'a.s.b.l.

Trouver un nom pour le service, autre que « Centre audiovisuel » ou telle abréviation trop peu parlante, se fit comme un jeu d’enfant, auquel participa sans le vouloir la petite famille Ferreras-Oleffe, lors d’une discussion animée.  Le Sycomore ? Cet arbre aux branches basses dont il est fait mention dans les Évangiles ? Là où Zachée, collecteur d’impôts, était monté, un peu pour se cacher, mais surtout pour mieux voir ce Jésus qui passait dans la ville… Et Jésus l’ayant remarqué qui s’invite chez lui…. Ce terme convenait parfaitement : il évoquait les médias, au sens large, dont on a besoin pour découvrir le Christ, comme Zachée utilisant les ramifications de l’arbre[17]

Après la mort de l'abbé Michaux en août 1996, Christine Abeloos-Poncin est élue présidente.  Suite au décès inopiné de cette dernière le 28 septembre 1996, Bernadette Prieels, catéchiste à Ottignies dans les années quatre-vingt, devient la troisième présidente, toujours en charge aujourd’hui.

En 1987, l’assemblée générale ajoute aux statuts un second paragraphe pour permettre à l'association d'« être auteur, réalisateur et/ou éditeur de réalisations audiovisuelles »[18].

Le règlement d’ordre intérieur de l’association, rédigé en 1984 révèle plus longuement les objectifs, l’organisation et les dispositions financières du Sycomore.  En ressort également son esprit très coopératif et évangélique :

 

Le Sycomore a été fondé pour mettre à la disposition du public du Brabant wallon — par l’intermédiaire de son Centre administratif à Ottignies et de ses antennes locales à Genval, Lasne, Nivelles, Nodebais et Wavre — un outil de travail audiovisuel le plus efficace possible, disposant de personnes compétentes, de locaux et de matériel.

Son objet est fondamentalement l’audiovisuel (au sens le plus large) au service de la foi, selon plusieurs axes :

-       la formation des personnes : par l’approfondissement de la foi au moyen de l’audiovisuel en cours, ateliers, journées de sensibilisation, …

-       La création de matériel : audio et/ou visuel pour les animateurs de la foi, à savoir catéchistes, enseignants, parents, liturgistes, animateurs de mouvements, ... et à l’usage d’enfants, de jeunes et d’adultes.

-       La location et la vente de matériel.

-           L’aide pratique : aux personnes et aux groupes désireux de réaliser un produit qui puisse concorder avec nos objectifs.

-       La réflexion : sur les enjeux théologiques de l’audiovisuel.

 

Ce règlement stipule que la gestion journalière est confiée par le conseil d’administration à Gregorio et Jeanne-Marie Ferreras-Oleffe.  Sur base de l’expérience acquise en six ans d’exercice, le règlement spécifie l’égalité des personnes qui concourent aux objectifs, quel que soit leur statut : permanents, bénévoles, personnes en dispense de pointage, C.S.T, objecteurs de conscience, T.C.T., P.R.I.M.E. y œuvrent avec le même sérieux et selon leur qualification propres[19].

 

Un lieu pour planter et faire croître ce Sycomore 

 

Depuis la désignation officielle de Jeanne-Marie Oleffe et de Gregorio Ferreras en 1976, les activités du service se déroulaient en paroisses, dans une école ou un couvent, comme à Argenteuil dès 1978.  La nécessité de trouver des locaux pour entreposer le matériel et organiser des permanences se fit pressante au début des années quatre-vingt.  Sollicité, le Vicariat qui engageait du personnel pour les services naissants fait comprendre qu’il ne peut pas en plus investir dans des bâtiments. 

Après bien des recherches, l’équipe déniche, dans la rue Lucas à Ottignies, une maison assez délabrée mais au loyer très modéré.  Celle-ci va renaître sous les coups de marteaux et de pinceaux d’une équipe de bricoleurs amateurs bien motivés pour y aménager rapidement un espace d’accueil et des bureaux[20]. L’inauguration des locaux a lieu en octobre 1982.  Désormais, le service de location peut tenir une permanence tous les matins, samedi compris, et même sur rendez-vous.  L’organisation de formations et de portes ouvertes devient elle aussi envisageable.  Ce qui n’exclut pas la location du Centre culturel d’Ottignies par exemple, lors de manifestations de plus grande envergure rassemblant par ailleurs les réalisations et projets d’autres services du Vicariat, avant l’installation de ces derniers dans l’ancien couvent des sœurs franciscaines, à la fin des années quatre-vingt. 

Un nouvel outil : Les feuilles du Sycomore

 

L’installation dans les locaux de la rue Lucas correspond aussi au lancement d’un bulletin de liaison, naturellement baptisé Les feuilles du Sycomore.  Au fil des années, le carnet d’adresses s'enrichit et la nécessité d’informer régulièrement le public se confirme. Ce trimestriel en format A5 s’étoffera, sa présentation se perfectionnera par l’apport des charismes du personnel et des techniques d’illustration et d’impression en perpétuelle évolution.  Soucieux d’informer sur les réalisations matérielles et les activités de formation organisées pour familiariser prêtres, parents, professeurs, animateurs et jeunes au monde de l’audiovisuel, le bulletin réserve chaque fois une place à la réflexion dans la rubrique Pour y voir clair, signée de Gregorio Ferreras.  Des appels sont aussi lancés soit pour recevoir du matériel, soit pour recueillir des fonds susceptibles d’aider l’association à réaliser montages audiovisuels, vidéos et, depuis trois ans, CD Rom….  Le conseil  technique du mois apporte aux amateurs trucs et astuces pour devenir des pros. 

Dès l’automne 1984 germe aussi l’idée de constituer un musée des expressions religieuses : vieux catéchismes, objets pieux des parents, oncles et tantes, images-souvenirs de communion, de prêtrise, de mariage…, cadres, peintures, crucifix, bannières, bougeoirs …  Ne pensez pas qu’ils sont ridicules : ils sont de leur époque et leur histoire éclaire notre aujourd’hui.  Apportez-les nous : nous rêvons de leur bâtir un musée[21].

Voici comment, en mars 1986, une feuille du bulletin n° 12 présentait, agrémenté de nombreux dessins, ce service qui s’apprêtait à fêter ses dix ans d’existence :

 

 

Un sycomore, qu’est-ce que c’est ?

-       une variété d’érable

-       l’arbre sur le quel Zachée est monté pour mieux voir et entendre Jésus

-       une équipe qui veut mettre les moyens audiovisuels au service de la Foi

Sa conviction : la Tradition de l’Église pour être continuée doit se dire en langage d’aujourd’hui

 

Son but premier : la formation. Cycles longs, cours, formation continuée

 

Une méthode : les chantiers, c’est-à-dire une collaboration avec les personnes « sur le terrain » (enseignants, liturgistes, animateurs, catéchistes, …) pour élaborer et expérimenter des produits que nous réalisons avec eux et pour eux.

 

Des réalisations : montages audiovisuels, puzzles, posters, poster-actifs, jeux, marionnettes, vidéo, …

 

Des services : une aide technique aux groupes paroissiaux et scolaires, un service de location de matériel audiovisuel : montages, cassettes, divers, …  Un service de réparation de matériel et de duplication de diapositives. Une collaboration aux projets d’autres services d’Église[22].

En juin 1986, G. Ferreras rappelle dans quelle mutation s'insèrent les réalisations et les réflexions du Sycomore : «... Lorsque, dans les années d'avant le Concile, l'Église réclamait le droit d'utiliser les machines et les techniques (bref, les instruments) modernes de communication, elle se posait au centre de l'histoire comme lieu géométrique non seulement du Salut mais de l'existence humaine tout court.  Une évolution fait chemin depuis. Vatican II y est pour beaucoup, avec sa prise de conscience de l'autonomie de la culture et de la nouvelle conjoncture historique représentée par les moyens de communication sociale.  Cette évolution chemine aujourd'hui dans la croissante conviction que le passage de la Révélation par les media n'est pas simple amplification quantitative, mais également changement qualitatif.  Ce changement signifie notamment que la Révélation se laisse affecter par les media comme Dieu s'est laissé affecter par l'Incarnation[23]».

Le 10 novembre 1987, le contrat d'emploi de Jeanne-Marie Oleffe avec le Vicariat du Brabant wallon fut étendu à un mi-temps.

 

Développement des produits et services

 

Depuis les débuts du service, le souci de savoir « Comment parler aujourd’hui pour se faire comprendre» sous-tend la réflexion et les réalisations de l’association.  Il suffit de dresser une liste chronologique de leurs productions à travers leurs catalogues pour se rendre à l’évidence : le Sycomore se laisse interpeller, prépare l’actualisation des outils au service de la Foi et suscite l'envie d'en apprendre plus tout en n'ennuyant jamais. 

Des formations sont régulièrement organisées.  Le public visé touche autant les paroisses, les mouvements de jeunesse, les prêtres, les animateurs et catéchistes paroissiaux, l’enseignement spécial comme le normal, les futurs instituteurs et régents, les enseignants en demande de formation continuée, les laïcs en recherche. 

La pédagogie qui sous-tend notamment les jeux conçus par le Sycomore vise à favoriser la coopération : être en concordance avec le message de Jésus-Christ signifie ne pas écraser l'autre mais plutôt collaborer à sa réussite; être partenaires et non rivaux.  L'utilisation de tous ces outils change la relation entre les jeunes et leurs animateurs car ces outils contemporains les accrochent alors qu'ils sont parfois dans une période difficile ou qu'ils appartiennent à un groupe de jeunes en marge.  Il faut trouver les adolescents là où ils sont, avec ce qui fait leur monde, aujourd'hui[24].

 

 

Le Sycomore plante ses racines à Wavre

 

Alors qu'elle s'apprêtait à fêter ses dix ans d’installation à Ottignies, l'a.s.b.l. reçut, à l’été 1992, un courrier lui annonçant que les héritiers de la propriétaire de la maison souhaitaient retrouver leur bien.  Et c’est ainsi qu’à l’automne de la même année, nous voyions arriver, au Centre pastoral, l’équipe du Sycomore qui allait occuper la petite maison où, en 1890, s’était installé le noviciat des récollectines.  

Intégrée dans les autres services du Vicariat général du Brabant wallon, l’association va pouvoir profiter des espaces régulièrement restaurés pour organiser formations et portes ouvertes.  Le magasin et les bureaux seront accessibles par la chaussée de Bruxelles.

L'engagement de personnel rétribué, à travers les Programmes de Résorption du Chômage, a largement contribué à cette expansion.  À ce jour, l'équipe peut compter sur trois temps pleins et un mi-temps, sans compter l'apport original et discret de la quinzaine de bénévoles qui en assurent la vitalité et la convivialité.

 

Le Sycomore sur Internet

 

Dès 1996, l’association s’intéresse à Internet : du 30 septembre au 5 octobre, c'est au Sycomore que l'on doit l'organisation, au Centre pastoral d'un premier « Médiafestival ».  Un Voyage sur Internet sera proposé aux amateurs désireux de parcourir, grâce aux dernières techniques des médias, divers lieux de notre civilisation chrétienne.  

À l’été 1997, le Sycomore se plaçait sur le site créé par les diocèses francophones — catho.be. — en créant des pages Web sur lesquelles il présente le service, ses multiples productions et formations au service de l’Évangile[25].

En octobre 1999, une journée de réflexion et d'échanges sur le thème L'Évangile on line ? Net ou pas Net ? propose un voyage à partir des outils tout neufs, tels que l'informatique, le réseau internet, les jeux pédagogiques.  Des praticiens y seront à l'écoute des participants qui pourront visiter une exposition et acheter le matériel découvert.

Vient alors la mise en chantier des premiers CD Rom qui, comme tout nouveau produit, nécessitent une longue maturation.  En mars 2001, la presse relatait la présentation des deux premiers : Le labyrinthe d’ Euaggelion et De dimanche en dimanche pour la réalisation duquel le père Defoux proposa ses dessins au Sycomore.  Deux autres CD Rom sont en gestation.

 

Bilan et avenir….

 

Le 16 novembre dernier, l'espace Jean XXIII — ancienne chapelle du couvent, rénovée et transformée en salle de réunion au rez-de-chaussée du  Centre pastoral — a accueilli l’exposition réalisée par le Sycomore à l’occasion de son anniversaire : 25 ans d’images au service de l’Évangile.  Une série de panneaux montrait les réalisations du service, détaillant par exemple les différentes étapes nécessaires pour élaborer une bande dessinée.  Les jalons importants de l’histoire de l’association étaient rappelés ainsi que les contacts multiples qu’elle a suscités, même à l’étranger[26], et les encouragements du cardinal Danneels et de Mgr Vancottem envers un des tout premiers services du Vicariat.

Un quart de siècle de réalisations originales et dynamiques — bel exemple de la création et de l’utilisation des médias au service de l’Évangélisation — ne devrait pas s’arrêter là… Les récentes difficultés rencontrées par Jeanne-Marie Oleffe pour la poursuite de son mandat d’animatrice pastorale mi-temps, sous contrat avec l’archevêché de Malines-Bruxelles, sont venues assombrir l’horizon de ce service pastoral unique en Belgique.  Sa fonction d'échevine, sous la nouvelle législature communale à Ottignies-Louvain-la-Neuve, l’empêche, selon les statuts diocésains récemment amendés, de poursuivre son mandat.  Par solidarité avec son épouse ainsi que pour marquer son désaccord sur l’interprétation du droit canon qui assimile le laïc avec mandat pastoral au prêtre, Gregorio Ferreras a remis à Monsieur le cardinal son mandat de coresponsable[27].

Que deviendra le Sycomore à la fin du  préavis de Jeanne-Marie Oleffe, qui expire fin mai 2002 ?  Son ouverture vers le monde enseignant et vers les autres diocèses francophones est l'une des raisons invoquées par le Vicariat du Brabant wallon pour diminuer un indispensable soutien financier.  Sans lui, le Sycomore pourra-t-il survivre ?  Une histoire à suivre …



 

[1]. J. BOUVY, Éditorial, dans Lumen Vitae, Revue internationale de la formation religieuse, vol. XXXIII, 1978, n° 1, p. 6.

 

[2]. L. M. METZINGER Mgr, Audio-visuel et évangélisation, dans  Idem, p. 9.  Une première rencontre mondiale sur le thème — Audiovisuel et évangélisation — s’était tenue à Munich du 6 au 11 novembre 1977.  Mgr Metzinger, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Pérou, présidait le comité ad hoc créé par L’Organisation Catholique Internationale du Cinéma chargée par la Commission Pontificale pour les Communications sociales.  Gregorio Ferreras y participait.

 

   Revue d'histoire religieuse du Brabant wallon, 15, 2001, 4, p. 239-255.

 

 

[3]. Idem.

 

[4]. H. Lemercier publie, dès 1946, l'Entraide du Brabant wallon qui devient La Communauté chrétienne du Brabant wallon en septembre 1962.  Le Conseil pastoral du Brabant wallon, dans Printemps, n° 97, décembre 1981, p. 5.

 

 

[5]. P. WYNANTS, Religieuses 1801-1975, Répertoires Meuse-Moselle, IV, t. 1, Belgique-Luxembourg-Maastricht/Vaals, Namur, 1981, p. 105.

 

[6]. Ibid., p. 104 et 187.

 

[7]. Interview de Jeanne-Marie Oleffe par l'auteur, 17 mai 2001.

 

 

[8]. Le père dominicain R. Pichard, professionnel des grands moyens de communication sociale en France (dès 1944, premières messes radiodiffusées puis télévisées à la fin des années cinquante) s'orienta ensuite vers la dia-projection.  Cette technique qui demande moins de moyens, amène la participation, respecte plus le rythme de la vie contemplative ou de la prière.  Née dans la pratique de l'action liturgique, il lui semblait que la dia-projection pourrait renouveler l'Église, que les laïcs sollicités à collaborer dans la liturgie pourraient, en s'y initiant, prendre leurs responsabilités dans cette Église post-conciliaire pauvre en prêtres.  R. PICHARD, Les langages audiovisuels : du cinéma à la dia-projection, dans Paroisse et Liturgie, 1973, n° 4, p. 291-297.

 

[9]. J.-M. OLEFFE et l'équipe du C.I.D.A.L., Un écran à l'église ? dans Ibid., p. 298-307.

 

 

[10]. I. BERTEN, Une société qui se sécularise, dans Printemps, mai 1975, p. 10.

 

[11]. O. HENRIVAUX, Révélation et catéchèse. Analyse d'une mutation, dans Printemps, septembre 1975, p. 21-24. 

 

 

[12]. H. WEBER, En guise de conclusion, dans Printemps, n° 50, mars 1977, p. 23.

 

 

[13]. J.-M et G. FERRERAS-OLEFFE, L’audiovisuel au service de la catéchèse et de la liturgie, dans Printemps, octobre 1977, n° 55, p. 23.

 

[14]. Feuillet distinct inséré dans Printemps, n° 57 de décembre 1977.

 

 

[15]. J.-M. et G. FERRERAS-OLEFFE, Le service audiovisuel.  Pour la catéchèse, la pastorale et la liturgie au Vicariat du Brabant wallon : qu'est-ce ?, dans Printemps, n° 68, janvier 1979, p. 25.

 

[16]. La fin des années  septante a en effet vu naître les fameux Plans de Résorption du Chômage, toujours d’actualité, avec l’élaboration de "sous-statuts" permettant notamment aux asbl, musées, communes, … de pouvoir engager du personnel rétribué par le gouvernement.  Les ministres G. Spitaels et  M. Hansenne en sont les concepteurs.

 

[17]. Interview de Jeanne-Marie Oleffe, le 17 mai 2001 et Vers l’Avenir, les 17-18 novembre 2001.

 

 

[18]. Dans le but de pouvoir produire une série de vidéocassettes sur l'évangile en français, anglais et espagnol, diffusée par l'O.C.I.C. (Office Catholique International du Cinéma).  Annexes au Moniteur belge, 7 avril 1987.

 

 

[19]. Règlement d’ordre intérieur, p. 1-3, signé par les membres du personnel sous statut ou bénévoles, approuvé par les instances compétentes de l’a.s.b.l. en juin 1984.  Archives du Sycomore.

 

[20]. À cette époque, Marie-Jeanne Matagne, dernière animatrice pastorale engagée par l’abbé De Raedt, en vue de reprendre l'animation d'une pastorale de la santé, et Alain Trussart, engagé à Entraide et Fraternité, avaient rejoint le Sycomore, intéressés par l’étage de cette petite maison.  La première bibliothèque de la catéchèse sera elle aussi hébergée un moment  à la rue Lucas, proche de la place de l’église Saint-Rémy.

 

 

[21]. Les feuilles du Sycomore, n° 6, septembre 1984, p. 11 et Ibid., n° 7, décembre 1984, p. 1.

 

 

[22].  En novembre 1992, le Sycomore édite, en synergie avec la pastorale de la santé, un outil appelé Sacrement pour les malades : 44 planches avec un livret pour une réflexion sur l'onction des malades.  Des collaborations avec le service de la catéchèse sont courantes.

 

 

[23]. G. FERRERAS, Pour y voir clair, dans Les Feuilles du Sycomore, 13, juin 1986, p. 2.

 

[24]. Th. COUVREUR, Anniversaire.  BD, dias, vidéos et CD Rom au service de la foi, dans Vers l'Avenir, 17 et 18 novembre 2001.

 

 

[25]. Adresse Internet : http://www.sycomore.be

 

 

[26]. Avec la France, la Suisse, le Congo, le Burundi, la Syrie, le Chili, ...

 

[27]. Les feuilles du Sycomore, n° 74, mai 2001, p. 3.